Saint-Montan, le village ressuscité : 50 ans de reconstruction bénévole
Découverte

Saint-Montan, le village ressuscité : 50 ans de reconstruction bénévole

L'équipe du Mas d'Eylieux6 min de lecture

En résumé

En 1970, le vieux bourg de Saint-Montan n'était qu'un tas de ruines sous les ronces. Cinquante ans et près de 10 000 bénévoles plus tard, le village médiéval revit. On habite à côté, voici son histoire.

Dans cet article (6 sections)

Saint-Montan est probablement le seul village médiéval de France reconstruit presque entièrement par des bénévoles. En 1970, son vieux bourg n'était qu'un amas de ruines envahies de ronces ; aujourd'hui, plus de 28 maisons relevées pierre par pierre, des remparts restaurés et des ruelles caladées font de ce village de caractère l'un des plus émouvants du Sud Ardèche. On vit au hameau d'Eylieux, sur la commune, à cinq minutes du vieux bourg, et cette histoire, on ne se lasse pas de la raconter à nos hôtes.

1970 : un village mort, ou presque

Imaginez la scène. À la fin des années 1960, le bourg médiéval de Saint-Montan, accroché à son éperon rocheux à l'entrée des gorges de la Sainte-Beaume, est à l'abandon. L'exode rural a fait son œuvre : les toitures se sont effondrées les unes après les autres, les ronces ont avalé les murs, les ruelles ne mènent plus nulle part. Le château qui domine l'ensemble n'est plus qu'une silhouette éventrée. Le village « moderne », lui, continue de vivre en contrebas, mais le cœur historique est considéré comme perdu.

En 1969, la préfecture de l'Ardèche s'inquiète du sort de ce patrimoine et sollicite la commune. Celle-ci n'a ni les moyens ni les bras pour s'en charger. C'est alors qu'une poignée de passionnés décide de prendre le relais : en 1970, l'association Les Amis de Saint-Montan voit le jour, avec un objectif qui paraît alors complètement fou : relever le village ruiné, maison par maison.

L'aventure des Amis de Saint-Montan

Le premier chantier donne le ton : dès 1970-1971, la chapelle menacée d'effondrement est restaurée. Puis le travail de fourmi commence. Et il faut mesurer ce que « chantier bénévole » veut dire ici : le vieux bourg est bâti sur une pente raide, les calades sont trop étroites pour les engins. Les pierres, le sable, la chaux, les poutres : tout monte à dos d'homme, brouette par brouette, pendant des décennies.

Parmi les figures de cette aventure, Marcel Armand occupe une place à part. Tombé amoureux de ce « tas de ruines » dans les années 1970, il a consacré toute sa retraite à la restauration du village, entraînant derrière lui des générations de volontaires. Car c'est l'autre singularité de Saint-Montan : les bénévoles ne sont pas seulement des gens du cru. Chaque été, des chantiers de jeunes accueillent des volontaires venus de toute la France et du monde entier. Selon l'association, près de 10 000 bénévoles se sont relayés sur le chantier depuis 1970 ; certaines sources évoquent même 13 000 participants en comptant toutes les formes de coup de main.

Le résultat, au bout d'un demi-siècle de travail : plus de 28 maisons reconstruites, les remparts et les deux enceintes castrales consolidés, des ruelles entières rendues à la circulation. Et surtout, un village qui n'est pas un décor : une quinzaine de maisons du bourg médiéval sont aujourd'hui habitées à l'année, des artisans y ont installé leurs ateliers, des salles d'exposition accueillent les visiteurs.

Pourquoi cette histoire change votre visite

On pourrait visiter Saint-Montan comme n'importe quel village médiéval : ruelles pavées, passages voûtés, château perché, le tout très photogénique. Mais quand on connaît l'histoire, le regard change du tout au tout.

Ce mur en pierres sèches parfaitement appareillé ? Monté par des étudiants allemands un été des années 1980. Cette maison à l'encorbellement impeccable ? Une ruine sans toit il y a quarante ans. En montant vers le château, observez les murs : on distingue parfois la limite entre les maçonneries d'origine et les parties relevées : les bénévoles ont travaillé dans le respect des techniques anciennes, à la chaux, avec les pierres trouvées sur place.

C'est ce qui rend Saint-Montan différent des villages-musées : ici, rien n'a été « restauré » par une entreprise dans le cadre d'un grand programme public. Tout est le fruit d'un engagement humain, étalé sur deux générations. Quand vous croisez un habitant du vieux bourg, il y a de bonnes chances qu'il ait lui-même posé des pierres.

Visiter le vieux bourg aujourd'hui : nos conseils d'habitants

L'accès au village médiéval est libre et gratuit, toute l'année. Voici comment on conseille de s'y prendre :

  • Garez-vous en bas du village, près du village « moderne », et montez à pied. Les ruelles du bourg médiéval ne sont de toute façon pas carrossables.
  • Prévoyez de bonnes chaussures : les calades sont belles mais irrégulières, et la montée vers le château grimpe sérieusement.
  • Le bon créneau : tôt le matin pour la lumière rasante sur les pierres, ou en fin de journée quand le soleil dore la falaise. En juillet-août, évitez le cœur de l'après-midi : le village est un piège à chaleur.
  • Comptez 1h30 à 2h pour la boucle complète : ruelles basses, montée au château, redescente par les passages voûtés. Une demi-journée si vous ajoutez les ateliers d'artisans et une pause en terrasse.
  • Levez les yeux : les détails sont partout. Linteaux sculptés, fenêtres à meneaux remontées, génoises refaites à l'identique.

En saison, l'association propose des animations et le village s'anime lors des fêtes médiévales, qui transforment les ruelles en campement du Moyen Âge, un moment fort de l'année ici. Pour les dates précises, fiez-vous au site des Amis de Saint-Montan et à l'office de tourisme.

Autour du village : les gorges de la Sainte-Beaume et l'ermitage

L'histoire de Saint-Montan ne commence pas en 1970, loin de là. Le village tire son nom de Montanus, un ermite du Ve siècle qui, selon la tradition, se retira dans les gorges voisines de la Sainte-Beaume. La grotte de l'ermite se rejoint à pied depuis le village par un sentier qui remonte les gorges, une balade superbe que l'on fait régulièrement, et qui complète parfaitement la visite du bourg.

Le château, lui, témoigne de l'importance stratégique du site au Moyen Âge, aux confins du Vivarais : position de guet sur la vallée du Rhône, enjeu des guerres de Religion qui laissèrent le village exsangue. Quand vous serez en haut, face au panorama sur les toits et la vallée, vous comprendrez pourquoi on s'est battu pour cet endroit, et pourquoi des milliers de bénévoles se sont battus, plus pacifiquement, pour le faire revivre.

Pour préparer une journée complète sur place (artisans, restaurants, randonnées, stationnement), on a rassemblé tous nos conseils dans notre guide complet pour visiter Saint-Montan. Et si vous êtes plutôt villages perchés en série, Saint-Montan s'inscrit très bien dans un circuit des villages de caractère du Sud Ardèche.

Saint-Montan, notre village

On termine par ce qui nous touche le plus dans cette histoire. Le Mas d'Eylieux se trouve sur la commune de Saint-Montan, dans un hameau de pierre à quelques minutes du vieux bourg. Quand on accueille des hôtes, on leur dit toujours la même chose : allez-y un soir, après le dîner, quand les ruelles sont vides. Le silence, la pierre encore chaude, les lumières rares : c'est là qu'on mesure le miracle. Ce village était mort. Des gens ont décidé qu'il ne le serait pas.

Toute la semaine, les marchés autour de Saint-Montan rythment nos courses entre Viviers et Bourg-Saint-Andéol, et on y croise les habitants du bourg médiéval comme ceux des hameaux. C'est cette vie ordinaire, autant que les pierres, qui fait que Saint-Montan est un village ressuscité et non un musée.

Si vous voulez dormir dans cette histoire (dans un hameau de pierre, au calme, à cinq minutes du village médiéval) jetez un œil à notre location de gîte à Saint-Montan ou directement à nos gîtes du Sud Ardèche. On se fera un plaisir de vous raconter la suite de l'histoire de vive voix.

Questions fréquentes

1

Pourquoi dit-on que Saint-Montan est un village ressuscité ?

Parce que son bourg médiéval, en ruine totale en 1970, a été reconstruit pierre par pierre par des bénévoles. L'association Les Amis de Saint-Montan, créée en 1970, a mobilisé près de 10 000 volontaires venus du monde entier pour relever plus de 28 maisons et les remparts du château.

2

Qui a reconstruit le village de Saint-Montan ?

L'association Les Amis de Saint-Montan, fondée en 1970, avec une figure marquante : Marcel Armand, qui a consacré sa retraite au chantier. Les travaux ont été réalisés par des bénévoles, souvent des jeunes venus en chantiers d'été, dans des conditions difficiles : ruelles trop étroites pour les engins, matériaux montés à la main.

3

La visite du village médiéval de Saint-Montan est-elle payante ?

Non, on circule librement dans les ruelles du vieux bourg, toute l'année. L'accès au site du château peut être encadré lors d'animations ou de visites guidées proposées en saison : renseignez-vous auprès de l'association Les Amis de Saint-Montan ou de l'office de tourisme.

4

Combien de temps prévoir pour visiter Saint-Montan ?

Comptez 1h30 à 2h pour flâner dans les calades, monter jusqu'au château et profiter des points de vue. Avec une pause en terrasse ou un passage chez les artisans, on y passe facilement une demi-journée.

5

Le château de Saint-Montan se visite-t-il ?

Le site castral domine le village et se découvre à pied par les ruelles. Des animations et visites sont organisées en saison, notamment lors des fêtes médiévales. Pour les dates et modalités, consultez le site des Amis de Saint-Montan, qui gère la valorisation du site.

Sources

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